Concours

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Samedi 2 décembre 2006 6 02 /12 /Déc /2006 15:14

Disclaimer : Tous les personnages, lieux, décors et intrigues appartiennent à Makor et moi-même.

Episode 5 :

 

 

Maxime :

 

 

_ Alors monsieur, vous êtes vous décidé ?

Je levai les yeux vers le vendeur qui, d’après son sourire crispé, commençait à s’impatienter. Ce qui était tout à fait normal vu qu’il me supportait depuis bientôt une demi-heure. Son visage sérieux, celui d’un homme irréprochable, arborait un air clairement réprobateur. Ses mains étaient fermement placées le long de son corps, et ses poings étaient à demi serrés. Néanmoins, de léger plis sur ses joues indiquait un homme aimant rire.

_ J’hésite encore, répondis-je d’un air désolé. Celui-ci semble être passionnant et plein d’intrigue, mais l’autre me parait être une œuvre plus réfléchie, ce qui m’intéresse un peu plus en ce moment.

Un de ses sourcils s’arqua. Il était apparemment surpris de voir un jeune de mon âge s’intéresser à des titres de cette taille. Je poussai un profond soupir totalement factice, et me tournait vers lui avec un grand sourire.

_ Je ne peux vraiment pas me décider. Mais ne paniquez pas, ajoutais-je en voyant son air agacé, je prend les deux.

Ce fut son tour de pousser un soupir. Il fit demi tour, et retourna vers l’avant du magasin, où il passa derrière un long comptoir. Je lui tendis les deux livres, qu’il saisit avec précaution. J’eu un sourire en voyant cela. Que se soit par pur professionnalisme ou par passion, j’avais toujours apprécié les gens prenant soin d’un livre. Lorsqu’il les passa devant le lecteur optique de la caisse enregistreuse, il s’attarda sur celui intitulé Guerrier d’une Nuit en murmurant quelque chose. Etonné, je me penchai légèrement, et saisi au vol les mots « Le livre qu’elle voulait ». Ce fut mon tour de hausser un sourcil. Qui fut d’un coup rejoins par mon autre sourcil sous le choc. Sans prévenir, je sus tout. Cet homme était père. Un père triste. Sa fille était à l’hôpital, dans le coma. Elle avait déjà failli mourir deux fois. C’est surtout cela que je voyais. Et la troisième fois approchait. Fermant un instant les yeux, j’essayais de saisir d’autres choses, mais les informations commençaient déjà à s’effilocher. Je pus tout de même savoir ce que je voulais. Je rouvris les yeux, découvrant le visage fermé du père vendeur. Il me tendit mes livres que je pris et que je mis dans mon sac à bretelle unique. Puis je lui adressai un sourire sincère.

_ Ne perdez pas espoir, lui dis-je doucement. Même si tout empire, ne désespérez pas. Les choses s’arrangeront. Croyez moi, ajoutais-je en voyant ses yeux s’agrandir, je sais ce que je dis. Gardez un exemplaire de côté, pour elle.

Mon sourire franc se transforma en sourire malicieux devant son air effaré, et je tournais les talons. En passant la porte du magasin, je sentis son regard peser sur moi. Mon sourire s’élargit. Sa fille était encore très loin de la fin de sa vie. Elle allait survivre, et vivre longtemps.

Me sentant revigoré, je décidais de ne pas rentrer chez moi pour l’instant. L’air était doux, le vent soufflait à peine, et je me sentais d’humeur joyeuse. Je fus un instant tenté d’aller voler une fois de plus au-dessus des nuages, mais je me retins alors qu’une légère douleur résonnait dans ma tête. Je l’ignorais, me remémorant le passage du Livre des Êtres sur les effets secondaires dus à l’apparition d’un pouvoir.

Cela faisait maintenant deux semaines que j’étais un ange, et je commençais doucement à m’habituer à passer une nuit sur deux à combattre. Les techniques et passe de combat sommeillant en moi remontaient de plus en plus, et petit à petit l’expérience acquise par mes dizaines de prédécesseurs devenait mienne. Noblépée avait de plus en plus de mal à me vaincre, et il se disait souvent fier d’avoir réussit à faire de moi un ‘‘véritable guerrier’’. Mais malgré cela, il me restait tellement à apprendre. Le récit des Êtres, bien que détaillé, ne suffisait plus pour combler ce vide de connaissance. Kévin prenait cela avec philosophie, argumentant que le savoir arrivera tôt ou tard, ce qui avait le don de m’agacer. Je n’avais jamais été très patient dans le domaine de l’apprentissage.

_ Enfin, murmurais-je pour moi-même en me mettant en route. Il n’y a rien à faire sinon attendre. 

 

Des vibrations dans ma poche gauche me sortirent de ma rêverie, et j’en extirpais mon portable.

_ Allô ? Dis-je après avoir décroché.

_ Maxime ? C’est Jade.

_ Bonjour ma précieuse, lançais-je d’un ton taquin en reprenant ma marche.

Un gros soupir retentit dans le combiné, ce qui provoqua chez moi un petit rire.

_ Que dois-je faire pour que tu ne me surnommes plus comme ça ? Fis t’elle d’un ton faussement tragique. Où est-tu ? Continua t’elle. Je te reçois mal.

_ Sur le chemin pour rentrer chez moi, mentis-je en jetant un œil à la Gare de Lyon Part Dieu.

_ Aurais-tu par le plus grand des hasard du temps de libre ? Demanda t’elle innocemment.

_ Tout dépend pour quoi, ou pour qui, répliquais-je sur le même ton en entrant dans la gare, et en me dirigeant vers le bout d’un quai pour grande ligne.

_  Elaine m’invite à une soirée chez elle. Ca te dirait de m’accompagner ?

_ Qui y sera ? Relevais-je en m’arrêtait au bout du quai de béton.

Jetant plusieurs regards à droite et à gauche, je descendis sur les voies.

_ Son homme, plus deux ou trois amis. Elle m’a proposer de t’inviter, et Kévin par la même occasion.

_ C’est à voir, répondis-je évasivement.

_ Maxime ? Crachota le portable. Je t’entends de moins en moins bien.

Je levais la tête, pensant être passé trop près d’un poteau d’alimentation, mais le plus proche était à une dizaine de mètres. Les masses métalliques à mes pieds émirent une série de claquements électriques, suivit du bruit de deux ou trois graviers roulant entre les rails. Je baissait les yeux, et vit les graviers en question trembloter, puis rouler à nouveau. Je relevai la tête brusquement, regardant le plus loin que je le pouvais. Durant une seconde, je ne vis rien, puis une minuscule lueur apparut.

_ Jade ? Criais-je dans le téléphone pour couvrir les interférences. Je dois raccrocher,  mon train arrive ! Je te rappelle plus tard !

Sans attendre de réponse, je coupai la communication et rangeai le portable. Je réajustai mon sac sur mon dos, et évaluai la situation d’un coup d’œil. Je devais absolument disparaître avant d’être visible du TGV, qui arrivait droit sur moi. Soit quelques secondes à peine. J’empoignais mon pouvoir, puis effectuai un saut de quatre bons mètres de hauteur vers un poteau d’alimentation. Tout en déployant mes ailes,  je pris appui d’une jambe sur ledit poteau et, d’une impulsion, m’envolais. Aussitôt, je fut repris par l’incroyable sensation du vol, mais me dominait, et concentrait mon pouvoir pour me téléporter. Le paysage se brouilla puis défila une fois de plus à une vitesse ahurissante. J’eu une sensation assez bizarre durant l’instant ou je traversais une série de montagne, mais continuait néanmoins. Mon entraînement avait porté ses fruit : je réapparus à seulement deux mètre de mon but original, soit un angle sombre derrière une haute église de style gothique. Une fois posé et sans cesser de surveiller les alentour, je relâchais mon pouvoir, puis m’éloignais de l’église. Ce n’est qu’étant à d’une centaine de mètre du bâtiment que je me détendis quelques peu, et décidai de ne pas me presser pour rentrer. Ma bonne humeur changea mon pas classique en pas de promenade, et je me surpris même à fredonner un petit air doux. L’église n’était pas très loin de chez moi. A peine deux ou trois pâtés de maison. Il ne me fallu pas plus d’un petit quart d’heure pour arriver devant mon portail. J’allais introduire ma clé dans la serrure, lorsque le pan de bois s’ouvrit et qu’une tornade blonde me rentra dedans, manquant de me déséquilibrer.

_ Maxime ! S’exclama ladite tornade.

_ Amélie, articulais-je. Mais que fait tu ici ?

_ Je viens jouer aux échecs avec toi, répondit-elle sans me lâcher. Ca fait longtemps que je t’ai pas vu.

_ Amélie, s’il te plait, lâche moi. Comment veut tu que je marche comme ça ? Dis-je avec un petit rire.

Comme elle s’écartait – juste de quoi me laisser marcher – je regardai autour de nous.

_ Comment est-tu venu, miss ? M’étonnais-je, Je ne vois pas tes parents. J’espère qu’ils savent que tu es là.

_ Ils sont au courant, ne t’inquiète pas, fis une voix connue dans mon dos. Je les ai croisés en chemin, et comme ils me connaissent, ils m’ont demandé de l’amener jusqu’ici.

Je me retournait d’un bloc, et remerciait mon instinct de m’avoir incité à ne pas me téléporter directement chez moi. Jade passa ses bras sur mes épaules, et effleura mes lèvres des siennes.

_ Il parait, continua t’elle, que cette petite demoiselle a seriné ses pauvres parents durant huit jours pour venir te voir.

_ Que fait-tu ici ? Murmurais-je en m’immergeant – une fois de plus – dans son regard.

_ Une soudaine envie de te voir, répondit-elle. Cela te pose t’il un problème ?

_ Pas le moindre, dis-je en glissant mes mains sur sa taille et en l’embrassant.

Le baiser, d’abord chaste, devint plus approfondis, jusqu’à ce que je sente quelque chose tirer sur mon blouson. J’interrompis – à contrecoeur – le baiser, puis me tournait vers Amélie, qui trépignait d’impatience.

_ On y va ? demanda t’elle. J’ai un peu froid.

Je souris et, tenant Jade par la taille, me mit en marche vers la porte d’entrée. A peine l’eus-je déverrouillée que la petite fila dans le salon.

_ Une seconde, miss ! L’interpellais-je. Ton manteau.

Avec un grognement, elle revint vers moi et accrocha son manteau sur la rambarde de l’escalier. Jade fit de même, et je rangeais le mien dans la penderie. Tandis que ces demoiselles prenaient leurs aises, j’allais dans la cuisine, et sortait trois mugs d’un placard.

_ Qui est intéressé par un chocolat chaud ? Lançais-je dans le couloir séparant les deux pièces.

_ Moi ! Répondis instantanément la voix aigue d’Amélie.

Je me mit à rire, et préparais un chocolat chaud et deux cafés. Puis je mit les tasses sur un plateau, et allais dans le salon. Je m’arrêtait devant le canapé, formant un arc de cercle autour de la table basse, et les regardait mettre en place un échiquier de cuir. Amélie était une sympathique petite fille de 9 ans. Je l’avais rencontré alors que je travaillais dans un centre aéré, durant les grandes vacances. Elle paraissait ne jamais être à cours d’énergie, non plus que de bonne humeur. Puis un jour, je l’avais vu, assise sur un siège, tranquille. J’étais allé la voir, et m’étais assis à côté d’elle. Elle m’avait semblé sans vie. Prenant ma voix la plus gentille, je lui avais alors proposé d’apprendre quelques jeux, ce qu’elle avait accepté. J’avais essayé plusieurs jeux, sans succès, jusqu'à ce que – en désespoir de cause - je lui propose d’apprendre à jouer aux échecs. Elle apprit à une vitesse fulgurante et j’avais été vraiment impressionné en constatant le peu de temps qu’elle avait mis pour retenir à la fois les règles, les déplacements, et quelques astuces que je lui avais cités. Ca devint alors une habitude à laquelle nous prenions plaisir tout les deux. J’arrivais au centre, expédiait mes tâches, puis nous jouions aux échecs. J’appris plus tard la raison de sa tristesse. Sa sœur aînée avait eu un accident qui lui avait coûté la vie. Petit à petit, elle sembla s’attacher à moi, venant carrément  ‘‘m’aider’’ dans mon travail pour que je vienne jouer plus vite avec elle. Lorsque le mois s’était terminé, et que j’avais cessé de travailler au centre, elle avait harcelé ses parents jusqu'à ce qu’un jour je les trouve devant ma porte. Depuis, elle venait régulièrement me voir.

_ Maxime ? Fis la voix douce de Jade, me sortant de ma rêverie. Ca va refroidir si tu reste planté là à nous regarder.

Malgré moi, je sentis mes joues se colorer légèrement, puis je parti d’un fou rire, manquant de renverser les tasses. Un écho, lointain et faible, résonna dans ma tête, mais je n’y pris pas garde. Sans doute Kévin se servant de son pouvoir. Un grand sourire aux lèvre, je posais le plateau, et me mis face à ma ‘‘petite sœur’’.

_ Aujourd’hui, c’est moi qui commence, décréta t’elle.

 

 

Kevin :

 

 

            J’esquivais le coup de hache, venant de la droite et décochai à mon adversaire un coup de pied qui l’envoya voltiger quelques mètres plus loin. Une autre créature se jeta sur moi et m’attaqua avec une rapidité inouïe. Mais j’étais encore plus rapide et surtout ses coups étaient beaucoup trop prévisibles. Je perçus le doute s’installer en lui, et lui tranchais immédiatement le cou. Ne jamais se déconcentrer en combat, règle numéro un.

            Trois humanoïdes bleuâtres m’encerclèrent, pensant m’impressionner. Ils poussèrent des cris de bêtes dans l’espoir visible de me terrifier, mais cela me sembla plus comique qu’autre chose. Je me laissais tomber à terre, et les balayai d’un large moulinet de la jambe. Deux d’entre eux s’écroulèrent à terre, le troisième n‘en eut pas le temps, le cœur percé par un kriss gravé de runes. Les deux autres se relevèrent prestement, un sourire sur ce qui leur tenait lieu de lèvres. Visiblement, cela les amusait de combattre avec moi. Je rappelais alors mes kriss à moi et ils trouvèrent mes ennemis sur leur chemin. Le sourire de ces derniers disparut brutalement, remplacé par une grimace sanglante. Ne jamais sous-estimer son ennemi, règle numéro deux.

            L’espèce d’énorme Troll qui tenait une hache revint à la charge, remis de mon coup de pied. Je feintai une fois à droite, une fois à gauche, une fois à droite…et attaquais à droite. Il fût pris par surprise et son bras violemment déchiqueté. Je l’achevais d’un coup de kriss dans un poumon. Toujours rester imprévisible, règle numéro trois.

            Je balançais tous les cadavres et autres corps agonisants dans le néant, heureux de ne pas avoir à les enterrer à chaque fois comme Maxime. J’entendis un faible bruit derrière moi et me retournai vivement, un kriss prêt à jaillir. L’existence des Anges devait rester secrète pour le restant de l’humanité et je ne maîtrisais pas encore parfaitement mon pouvoir d’oubli. Heureusement, il ne s’agissait que de Merranck.

_ Joli boulot, me complimenta-t-il.

_ J’fais de mon mieux.

_ On en a jamais reparlé, remarqua-t-il avec un ton songeur.

_ De quoi ?

_ D’Ambre.

_ Qu’y a t-il à dire ?

_ Vas-y.

_ Mon existence doit rester secrète et je ne dois pas me vanter de mes pouvoirs et de ma force surhumaine. Même si ma force normale est déjà largement supérieure à la normale.

_ Ce n’est pas tout.

_ Quoi d’autre ?

_ Tu ne dois pas avoir de petite amie. Ce serait trop dangereux que tu t’attaches à quelqu’un.

_ Vous plaisantez ? Et que faîtes-vous de celle de Maxime ?

_ Ce n’est pas pareil. Lui est Ange de la mort, spécifiquement attitré à cette planète. Ce n’est pas grave s’il a des relations, bien qu’il soit techniquement mort. Après tout, sa copine est peut-être nécrophile, ajouta-t-il, avec un clin d’œil, auquel je répondit par un regard écoeuré.

_ Bien, fis-je ne sachant que répondre.

_ Ne t’inquiète pas, tu pourras te rattraper après la mort.

_ Qu’y a t-il après ?

_ J’en ai déjà trop dit. Je vais me faire taper sur les doigts par le Maelström.

_ Vous savez qui il est ?

_ Non. Et je doute que quelqu’un le sache. A part la Mort elle-même peut-être.

_ Bon, je vais rentrer chez moi me reposer, repris-je en baillant. Je n’arrive plus à me souvenir de ma dernière nuit complète.

_ On est en plein après-midi, m’informa mon maître. Si tu veux que tes parents n’aient aucun doute, tu peux venir au dojo. J’ai installé un dortoir avec juste le minimum nécessaire.

_ Pourquoi pas, fis-je avant de me téléporter. Les cercles de lumière qui gravitaient autour de mon corps durant le phénomène m’intriguaient toujours. Il me semblait comprendre le mécanisme qui permettait de se téléporter, mais je ne comprenais toujours pas d’où pouvaient venir ces lumières.

            A peine arrivé dans le dortoir, je tombai sur le lit et dormis à poings fermés durant une éternité. Lorsque, je me réveillais, je me rendis compte que je m’étais même endormi sous ma forme d’Ange, tellement j’étais extenué. Merranck me regardait d’un air paisible. Je lui demandai, l’esprit encore embrumé, quelle heure il était.

_ Il est midi un quart, me répondit-il. Tu as dormi pendant près de vingt heures. Tu avais sérieusement besoin de repos.

_ Ce boulot est crevant, répliquai-je. Surtout pour le prix qu’on me paie.

_ Ne t’inquiète pas. Tu seras récompensé dès ta mort. Mais ne cherche pas à hâter celle-ci, elle viendra bien assez tôt.

_ C’est ce que j’me dis à peu près tous les jours. Pourquoi les Anges du Néant ont une durée de vie aussi courte par rapport à ceux de la mort ?

_ Vous n’avez pas le pouvoir d’éviter les balles, ce qui fait qu’on peut vous tuer par surprise. Mais globalement, l’espérance de vie des Anges de la mort n’est gère plus longue.

_ Et pourquoi sommes-nous plusieurs alors que lui est seul ?

_ En réalité, il y a plein de serviteurs de la mort qui œuvrent en coulisses. Maxime est juste là pour réguler l’ensemble et assuré la sécurité des rouages.

            Mon maître sortit un instant de la pièce et revint avec une tasse de café que j’appréciais à sa juste valeur. Alors que je commençais réellement à me détendre, mon alarme interne se déclencha soudainement, me faisant lâcher ma tasse qui se brisa sur le sol. Merranck partit chercher de quoi nettoyer les dégâts, tandis que je cherchais à localiser la provenance de l’alarme. Ma migraine reprit, mais je ne voyais pas d’où pouvait venir le problème que je devais résoudre. L’alarme ne semblait pas venir de notre monde, comme affaiblie par une frontière invisible.

Une nuée de lumières jaunes et blanches entra alors au travers du mur et envahit la pièce, tournant sur elle-même de plus en plus rapidement. Je dégainai mes deux kriss, sur la défensive, encore à peine réveillé. Après un flash éblouissant, je me rendis compte que ce n’était que Maxime, qui me regardait avec étonnement.

_ Que fais-tu avec tes kriss en main ?

_ Et toi que fais-tu ici ?

_ On a reçu une alarme venant de la Mort. On a une mission à accomplir en dehors de notre monde.

_ Si c’est la mort, c’est à toi d’y aller.

_ En fait, il s’agit d’un espace intérieur entre nos trois monde, me répliqua-t-il en sortant son énorme livre. Ce dernier me semblait être encore plus imposant à chaque fois que je le voyais.

_ Et que dit ton bouquin ?

_ Que vous avez une mission à accomplir tous les deux, me répondit Merranck qui venait d’entrer dans la pièce.

_ Et pourquoi tous les deux ?

_ Aucune idée, m’avoua-t-il.

_ Très bien, allons-y, fis-je en soupirant. Nous n’y échapperons pas de toute façon. Comment allons-nous accéder à cet espace intérieur ?

_ On nous emmènera, m’expliqua Maxime. Mais nous devons d’abord aller dans la Mort.

_ Tu pourrais essayer de prendre un ton légèrement plus angoissé quand tu dis ça ? Je suis encore vivant pour ma part, je te signale.

            Mon ami me prit la main et commença à se téléporter vers la mort. Désormais totalement éveillé, je lorgnais attentivement les petites lumières qui apparaissaient et tournoyaient. Je compris enfin d’où venait ce mouvement circulaire qui semblait si désordonné. J’y réfléchis pendant que nous nous téléportions vers la mort et ne put m’empêcher de faire tout de suite part de mes déductions à Maxime dès que nous arrivâmes à destination, dans une sombre salle gigantesque, aux voûtes d’inspiration gothique et aux murs de pierre froide et humide.

_ Je crois avoir trouvé comment nous pouvons nous téléporter, annonçais-je fièrement.

_ Ah oui ? Me répondit Maxime d’un ton perplexe, tout en haussant un sourcil.

_ En fait, commençais je, nous devons nous déplacer de façon presque instantané. Or, notre vitesse est majorée par celle de la lumière, qui peut être considérée comme instantanée, sur de courtes distances. D’après Einstein, nous ne pourrions jamais dépasser cette vitesse, en raison de notre poids notamment. La lumière est un corpuscule, une onde qui n’a pas réellement d’existence matérielle et c’est pour cela que sa vitesse peut être aussi grande. Mais depuis quelques années, une théorie subsiste à propos de particules, les tachyons qui auraient une masse nulle, et donc pourraient se déplacer à la vitesse de la lumière. D’après moi, nous avons acquis le pouvoir de transformer notre corps en tachyons. Ces lumières gravitant autour de notre corps pourrait être expliqué par le fait que les tachyons gravitent comme des électrons autour d’un centre de masse.

_ Euh, très bien, fit mon ami.

_ T’en a pensé quoi ?

_ J’ai lâché, avoua-t-il

_ A quel moment ?

_ Quand tu as parlé de vitesse de la lumière…

_ Mais c’était au début ! Protestais-je

_ ’Sais pas, j’ai pas écouté le reste…

            A ce moment-là, nous fûmes interrompus par l’arrivée de Kyla, autrement dit l’incarnation de la Mort , toujours sublime de grandeur, de décadence et de sensualité presque morbide. Son parfum flottait dans la pièce, sorte d’effluves provenant d’un autre monde, avec une touche de rose assez subtile. Je vis que mon ami s’inclinait pour saluer sa patronne et me demandai ce que je devais moi-même faire. Les relations diplomatiques entre la Mort et le Néant étant plus ou moins tendues, j’étais une sorte d’ambassadeur diplomatique, après tout. Finalement, je décidai de me courber légèrement en avant. Ce fût un mauvais choix.

_ Arrêtez ces gamineries, nous gourmanda Kyla. Nous avons du pain sur la planche.

_ Vous connaissez cette expression ? M’étonnais-je, foudroyé du regard par Maxime.

            Elle ne prit même pas la peine de me répondre et repartit par où était venue. Je remarquais alors un rectangle blanchâtre dans le mur de pierre. Ce dernier ne s’arrêtait pas de façon nette, mais semblait se dissoudre progressivement. Renonçant à comprendre le but de ma présence ici, je suivis Kyla et Maxime. Je trouvais ce dernier bien empressé, alors qu’il ne savait même pas pourquoi on nous avait appelé. Pour ma part, j’aurais largement préféré que le Maelström soit là pour m’assurer que je me devais en effet d’être présent. Jusqu’ici, j’avais plutôt l’impression d’être au mieux un témoin passif et au pire un intrus. Visiblement, Maxime connaissait déjà les lieux, mais pas moi.

            Après être passé dans la salle blanche, je me retrouvais davantage dans mon univers, un monochrome parfait que rien ne semblait pouvoir entacher, un endroit semblant absorber tout ce qui l’entoure. Visiblement c’était une sorte de frontière entre la Mort et le Néant, cela paraissant logique sachant que notre destination se trouvait entre les deux. Kyla sortit une dague bleutée que je trouvais superbe. Maxime semblait également passionnée par le spectacle, mais je me demandais ce qui l’intéressait vraiment entre l’arme et sa patronne. Cette dernière semblait savoir exactement ce qu’elle devait faire et on sentait l’expérience de l’habitude dans chacun de ses gestes.

Fermant les yeux, elle passa son pouce sur le tranchant. Je sentis qu’elle déployais un pouvoir qui me sembla être un reflet déformé et plus faible du mien, et je me concentrais pour ‘‘voir’’ comment elle s’y prenait. La lame de la dague devint d’un bleu étincelant. Kyla recula légèrement son bras, puis l’avança d’un geste sec. La lame disparut jusqu’à la garde, et l’air parut se déformer devant elle. Une fissure apparut alors dans le vide, et une vague de pouvoir brut souffla sur nous.

_ Entrez, fit-elle en souriant et en nous indiquant la direction de sa main.

            Nous n’étions guère rassuré et hésitions à y aller. Malgré ma confiance relative dans la Mort – ce qui peut paraître paradoxal je l’admets - je ne voulais guère franchir le premier le passage qui venait de s’ouvrir. Voyant ça, Maxime s’y engouffra le premier. J’attendis un instant pour voir s’il était encore vivant, avant de me rappeler qu’il était déjà mort. Puis, j’y allais à mon tour et au moment de franchir la fissure, Kyla me murmura à l’oreille :

_ Tu avais presque raison à propos de ta théorie des tachyons. Mais en réalité, vous voyagez plus vite que la lumière, ce qui n’est pas possible avec les tachyons. C’est possible grâce au fait que votre corps est transformé en particules qui ont une masse négative.

            Elle éclata d’un rire cristallin en voyant l’expression de mon visage se décomposer

 

 

 

Maxime :

 

 

_ Bienvenue messieurs, je me nomme Arckélos et je serai votre guide ici.

En entendant ces mots, Kévin et moi détachâmes nos yeux  du décor puis nous retournâmes. Nous nous trouvions dans une sorte de couloir aux proportions tellement titanesques que mon esprit se cabrait à l’idée d’une grandeur pareille. Les murs étaient d’un blanc immaculé bien que parcourus par de fines et nombreuses fissures noires se reflétant dans le dallage du sol impeccablement lisse et propre. Tout autour de nous, des milliers de personnes aux visages pâles – certains paisibles, d’autres effrayés ou même agressifs - semblaient attendre dans une immobilité presque parfaite, debout ou assis contre les murs. Tandis que notre guide reprenait la parole, un homme assis au sol leva la tête, se remit debout, puis marcha d’un pas hésitant vers un bout du couloir, ses pas résonnant jusqu’à disparaître.

_ Si vous voulez bien me suivre, prononça Arckélos en partant dans la direction opposée.

_ Où sommes nous ? Demanda Kévin dans un murmure.

J’avais ma petite idée sur la question, mais je tendis tout de même l’oreille pour entendre la réponse de notre guide.

_ Vous êtes à l’extrémité néant de l’Attendia Cella, répondit-il laconiquement.

_ La salle d’attente, traduisis-je pour Kévin. Là où les morts attendent de passer devant les Juges. Que fait-on ici, Arckélos ?

Le guide nous lança un regard surpris.

_ La mort ne vous en a pas parlé ? S’étonna t’il.

_ Je suppose que non, répondit ironiquement Kévin. Sinon, pourquoi le demanderions nous ?

Arckélos fixa quelques secondes mon ami de ses yeux sans couleur. C’était un homme de taille moyenne, au cheveux sombre et la peau pâle. Tout de lui respirait la normalité. Tout, excepté ses yeux où prunelle et iris étaient absents. Il eu un léger sourire en coin puis il reprit sa marche.

_ Vous êtes ici pour une mission, messieurs, nous informa t’il.

_ Ca, on s’en doutait, murmurais-je pour moi-même tandis qu’Arckélos continuait

_ Ladite mission n’est ordonnée ni par la Mort ni par le Maëlstrom, mais par les Juges eux-mêmes.

Kévin émit un petit sifflement.

_ Rien que ça, commenta t-il, sincèrement étonné.

Je gardais le silence, essayant d’envisager une mission pour laquelle les tout-puissants Juges feraient appel à de simple anges tels que nous. Un de mes sourcils se haussa lorsque je captais un murmure venant de notre guide.

_ Quelle imagination, fis t’il.

Je me figeais un instant, avant de reprendre ma marche. Kévin me lança un regard surpris, puis inquiet lorsqu’il vit mon regard  fixe.

< Que t’arrive t’il ? > Me demanda t’il mentalement.

< Silence ! > Lui intimais-je.

Son regard devint encore plus surpris, mais je l’ignorais. Ce guide – s’il en était vraiment un – avait lu mes pensées. Regardant Kévin puis le guide, je portai ma main à une de mes oreilles, puis à ma tempe, espérant que mon ami comprenne mes signes. Il hocha la tête, puis replaça son regard sur le dos d’Arckélos, lequel s’arrêta.

_ Nous y sommes, nous informa t’il. 

Instinctivement, je fis dériver mon regard sur le décor, lequel n’avait en rien changé.

_ Voici votre mission, déclara Arckélos en désignant un pan de mur.

Ledit pan de mur scintilla quelques secondes, et une personne en sorti. C’était un enfant, pouvant avoir entre 10 et 12 ans, à condition de vraiment être ce qu’il semblait être. Il portait une toge rouge, qui correspondait à la couleur de feu des ses cheveux. Il arborait un grand sourire innocent.

_ Salutation, s’exclama t’il, criant presque.  Je m’appelle Toniralianyon.

L’air de quelqu’un s’étant fait avoir planant sur nos visages, Kévin et moi nous tournâmes simultanément vers notre guide. Deux cas étaient possibles.

_ C’est lui, notre mission ? Demandais-je d’un ton soupçonneux. J’ai peur de comprendre.

_ En effet, répondit Arckélos avec un grand sourire. Toniralianyon ici présent est… comment expliquer...

Il sembla chercher ses mots, puis continua :

_ Disons qu’il est le fils d’un des Juge, ce sera plus simple.

_ Le fils d’un des … ! Répéta Kévin d’une voix incrédule.

_ Le futur héritier des pouvoirs et responsabilités dudit Juge, si vous préférez, fit le guide avec une moue pensive. Il n’a jamais été sur Terre. Ce qu’il sait de votre monde n’est que ce qu’il a appris par ses précepteurs. 

Je levai une main pour l’interrompre.

_Laissez moi finir, dis-je d’une voix neutre. Ce petit monsieur a exprimé le désir d’explorer le monde réel, et nous avons été désigné pour jouer les guides touristiques. Je me trompe ?

_ Petit monsieur ? Releva l’intéressé d’une voix stridente, me faisant fermer les yeux d’exaspération anticipée.

_ C’est cela, répondis simplement Arckélos, imperturbable.

Kévin émit un léger gémissement de désespoir.

_ Vous n’auriez pas pu choisir pire baby-sitter, dit-il d’une voix abattue.

Le guide haussa les sourcils.

_ Et pourquoi cela ? Répliqua t’il. Vous avez, en tant qu’habitant de la Terre , une bonne connaissance de celle-ci. Vous êtes – d’après nos renseignements – en vacances, ce qui vous libère vos journées. Et enfin, vous…

_ Enfin nous n’aimons pas jouer les baby-sitters, le coupa Kévin.

_ Je ne suis plus un petit enfant, je vous signale, rétorqua avec humeur le futur juge. J’ai douze siècles, continua t’il d’un ton hautain, et je suis très intelligent.

Un de mes sourcils s’arqua.

< Il pourrait sans doute ajouter « imbu de lui-même »  à sa petite liste > Commentais-je en pensée.

< Un sale gosse pur jus > Renchérit-il

Kévin esquissa un sourire, lequel s’effaça lorsque le « sale gosse » se planta devant lui. Je réprimais une imprécation. Si un soi-disant guide pouvait lire mes pensées, alors l’héritier d’un juge…

_ C’est quoi ton nom ? Demanda ledit héritier.

_ Rehonum, répondit Kévin d’un ton polaire. Vous dites qu’il a eut des précepteurs ? Continua t’il en regardant Arckélos. A la place des Juges, je changerai d’enseignant.

Le guide eu un gentil sourire, puis se tourna vers moi.

_ Je crois savoir que vos parents sont absent en ce moment, avança t’il.

_ Comme souvent, répliquai-je prudemment.

_ Rien ne vous empêche donc de loger Toniralianyon chez vous. Bien, les juges vous font confiance, messieurs, poursuivis t’il, ignorant – ou ne remarquant pas – mon palissement. Amusez vous bien.

Et il disparut.

Je poussai une plainte et levait les bras au plafond.

_ Pourquoi nous ? Lançai-je d’un ton plaintif.

_ Quel est votre problème, Ange de la Mort  ? Fis le sale gosse d’un ton sec. Vous avez une mission. Allez, dites moi donc votre nom et allons sur Terre.

Par Nos écrits - Publié dans : Duo d'Anges
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus